Le piquet permanent contre les chantiers du TGV (TAV) Lyon-Turin à Chiomonte, dans la vallée de Susa en Italie (à la frontière avec la France), a été attaqué et dispersé manu militari lundi matin (27/06).
2000 policiers au total ont été envoyés. Un véritable assaut militaire. Le piquet était là depuis un mois pour coordonner les actions contre cette œuvre destructrice, et aussi pour empêcher l’accès des excavateurs au site prévu pour le méga-tunnel transfrontalier, dans la localité la Maddalena. Le gouvernement a cherché de forcer la main, ils doivent faire vite car l’UE menace d’arrêter de financer les travaux s’ils ne commencent pas le percement des tunnels avant la fin du mois, et même de reprendre les quelque 672 millions d’euros qui ont été investis jusqu’ici. Ce projet, toute la vallée s’y oppose. Juste le soir d’avant (dimanche) une manif NoTav a vu quelque 10 mille participants. C’est un projet qui vise à bouleverser une vallée entière. Du ciment, là où il y en a déjà beaucoup (une autoroute et une ligne de chemin de fer déjà existants, dans une vallée qui est assez étroite), et puis le percement d’une montagne pleine d’amiante. Ils ont beau tous les politiciens répéter que c’est nécessaire, que c’est le progrès. Personne en veut de ce progrès là, sauf quelque maire bien payés par le gouvernement.
Vers 5h ils ont commencé à faire sortir les troupes. Ils ont commencé par attaquer les barricades que les No Tav avaient monté sur les routes d’accès au site du chantier. L’hélico surveillait le ciel. Puis ils arrivent au piquet – c’est un camping, beaucoup de gens y dorment dedans – et là ils « proposent » aux gens de partir, tout le monde laissé libre de partir s’ils quittent le lieu. Refus sec de la part des partcipant-es au piquet. Et là les bleus commencent leurs attaques à coup de lacrymos - ils en balancent une montagne, des tentes commencent à cramer – puis de matraques. Les No Tav s’attendaient un coup comme ça, c’était déjà dans l’air, illes ont cherché à résister, à repousser cette marée bleue. Mais finalement les flics sont entrés ; dernière solution pour les résistant-es, la fuite dans les bois. Le bilan, selon leur presse, est d’environ quatre-vingts de blessés, dont une cinquantaine de flics.
Officiellement le chantier est ouvert, le ministre de l’intérieur s’est pressé à l’annoncer. Mais comme on répète dans le Val Susa, la bataille vient juste de commencer. Hier après-midi se sont déroulées plusieurs manifs de réponse, les routes de la vallée ont été bloquées pendant plusieurs heures, et des grèves de solidarité ont eu lieu dans les usines de la zone. Des participant-e-s au piquet, retournés sur place dans l’après-midi pour récupérer leurs affaires abandonnés pendant l’assaut, ont encore été agressé-e-s par les flics sur place.
Des manifs de solidarité avec le mouvement No Tav se sont tenues aussi dans l’après-midi à Turin, Milan, Bologne, Rome. Des autres actions dans la vallée sont prévues à partir d’aujourd’hui. Et une manif pour dimanche prochain, dont le lieu et l’horaire seront définis dans les prochaines heures.
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Le destin du projet est aussi étroitement lié au consentement du gouvernement français : parmi les conditions que la Commission européenne pose pour octroyer le deuxième volet des financements il y a la signature d’ici la fin du mois d’un nouvel accord entre les deux pays, pour le percement du mega-tunnel transfrontalier de 54 kilometres.
Voici la traduction d’un appel du piquet du 24 juin :
Italie (Piémont) : Appel de la République Libre de la Maddalena NoTAV
Depuis environ un mois, en Val de Suse, est née et vit la République Libre de la Maddalena. Beaucoup plus qu’un rassemblement mis en place pour empêcher la réalisation du chantier pour le tunnel exploratif fonctionnel au TAV Turin-Lyon. Un territoire libéré, qui n’apparaît sur aucune carte du consensus. Un territoire dans lequel les gendarmes et la police ne rentrent pas. Dans lequel on partage de la bouffe, des débats, de la musique et la construction des barricades. Un espace soustrait à la souveraineté de l’État. Un espace dans lequel on vit mieux que dans les petites cellules métropolitaines, dans la réclusion domestique devant la télé, dans les rues vides de rencontres et fourmillantes de marchandises. Le Progrès nous y avons déjà goûté, et ça ne nous a pas plu. Au sein de cette République Libre, qui s’agrandit d’une barricade à l’autre, se renouvellent la fraternité, la proximité, la communauté des Alpes rebelles. La lutte contre le TAV c’est, de fait, la lutte contre toute la classe dominante qui le veut, le défend, l’impose. Elle est en voie de devenir la lutte de l’union contre l’État.
Nous invitons les amants de la liberté à nous rejoindre. Contre le TAV. Pour défendre un territoire libéré, au risque d’en être expulsés dès dimanche 26 juin. C’est l’heure !Des camarades de la République Libre de la Maddalena
Traduit de l’italien (Informa-Azione), 24 juin 2011
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